Baleines à bec de Longman échouées en baie du Prony

Résultat de l'étude sur les baleines à bec de Longman échouées en baie du Prony en novembre 2013

Au vu de ces résultats obtenus, l’hypothèse suivante parait la plus à même d’expliquer cet échouage : Un événement particulier tel que la présence de prédateurs et/ou l’état de santé d’un ou plusieurs individus a provoqué l’entrée des baleines dans le lagon alors qu’elles vivent normalement en milieu océanique. Le lagon constituant un environnement totalement inhabituel pour cette espèce, les baleines se sont alors retrouvées piégées dans la baie du Prony. Dans ces conditions, il est probable qu’une erreur de navigation liée au disfonctionnement de leur sonar dans ces zones peu profondes soit responsable de l’échouage initial du 16 novembre. La présence d’un individu malade a également pu favoriser cet échouage. La cohésion sociale entre les membres du groupe a de toute évidence joué un rôle important dans cet événement. Il est probable que sans la présence des sauveteurs, toutes les baleines échouées le 16 novembre seraient mortes dans la baie de la Somme qu'il soit tous remerciés.

•       L’ensemble des informations recueillies ont permis de conclure qu’un minimum de huit individus est entré dans la baie du Prony et qu’au moins six d’entre eux s'y sont échoués.

•        Les analyses génétiques ont confirmé qu’il s’agissait bien de l’espèce Indopacetus pacificus, une espèce pélagique peu connue qui vit sur des fonds profonds et ne fréquente pas les zones lagonaires.

•        L'examen nécropsique a révélé une pathologie respiratoire aigüe qui a pu contribuer à l’échouage de l’animal C. A l'exception de la gastrite observée sur l'animal B, l'autopsie n'a pas révélé d'autres lésions sur les cadavres.

•        La recherche de Morbillivirus est positive sur l'échantillon de poumon de l'animal malade (animal C), ce qui indique qu’il a été ou était en phase d'infection.

•        Les analyses ont révélé des concentrations élevées pour certains métaux dans le foie et les reins (Cd, Hg). Les faibles concentrations relevées en Co, Cr, Ni et Mn suggèrent que les activités d’extraction minière de Nouvelle-Calédonie ne constituent pas une source significative de contamination pour les baleines à bec qui sont venues s’échouer en baie du Prony.

•        Des entretiens avec la marine nationale et ValeNC il est ressorti qu’aucun appareil acoustique susceptible de présenter des effets néfastes sur les cétacés ne semblent avoir été utilisé dans la semaine ayant précédé l’échouage, écartant l’hypothèse d’une perturbation acoustique forte comme cause potentielle de l’échouage.

L'échouage

Bien que les cétacés s'échouent régulièrement sur les côtes de Nouvelle-Calédonie, cet évènement est tout à fait particulier car il concerne plusieurs individus à la fois "échouage en masse" dont certains vivants ont pu être remis à l'eau. De plus, les cétacés concernés appartiennent à une espèce rare sur laquelle on ne connait presque rien.

Déroulement des faits : Samedi 16 novembre, au cours d’une sortie, des plongeurs observent un groupe de cétacés en train de s’échouer sur la plage de la baie de la Somme. Contacté, le président d’Opération Cétacés leur explique la marche à suivre pour protéger au mieux les animaux. Aidés par des personnes en week-end sur l’ilot Casy, les plongeurs arriveront à repousser à l’eau cinq des six cétacés échoués malgré que certains soient revenus plusieurs fois à la plage. Un seul animal est mort ; il sera tracté au large par la brigade des gardes nature de la Province Sud.

 

Baleine à bec de Longman échouée vivante en baie du Prony et remise à l'eau samedi 16 novembre 2013 (crédit photo : Opération cétacés)

 

Dimanche 17 novembre « Casy express » trouve trois cétacés morts échoués sur la plage. L’équipe d’Opération Cétacés accompagnée de bénévoles, et assistée par un vétérinaire et un garde nature, se rend sur les lieux afin de procéder à des autopsies.

Lundi 18 novembre les carcasses sont évacuées par les services techniques du Mont Dore aidés des gardes nature. Puis l’équipe d’Opération Cétacés et la brigade de la Province Sud passent la matinée à explorer la baie du Prony à la recherche d’autres animaux. Deux d’entre eux seront repérés vivants.

 

Les baleines à bec de Longman: Les cétacés échoués sont des baleines à bec de Longman (Indopacetus pacificus). Très différentes des grandes baleines, type baleine à bosse, et des dauphins, ces animaux appartiennent à la famille des Ziphiidés. On ne sait que très peu de choses sur cette espèce car elle fréquente habituellement les eaux profondes du large. Elle a néanmoins déjà été observée vivante en Nouvelle-Calédonie (voir guide d’identification des Mammifères marins de Nouvelle-Calédonie). Sa tête ressemble à celle d’un dauphin mais sa taille avoisine les 6 mètres.

 

Baleine à bec de Longman morte, le dimanche 17 novembre 2013 (crédit photos : Opération cétacés)

Dans la liste rouge de l’UICN elle est classée « données insuffisantes (DD) » ce qui signifie que les informations disponibles sont estimées incomplètes pour pouvoir évaluer le statut de l’espèce. Elle ne doit pas pour autant être considérée comme une espèce non-menacée. A ce stade, aucun indice ne permet de déterminer avec certitude les causes de cet échouage. Néanmoins, les divers prélèvements réalisés pour des analyses ultérieures permettront peut être d’en savoir plus. Il est cependant à noter que des débris plastiques ont été trouvés dans l’estomac de deux des animaux, dont un sac  plastique entier !

 

Sac plastique retrouvé dans l'estomac d'une baleine à bec de Longman échouée en baie du prony le 17 novembre 2013 (crédit photo : Opération Cétacés)

Jusqu’à ce week end, seules 12 baleines à bec de Longman échouées avaient été répertoriés de par le monde. L’échouage survenu en baie du Prony est le premier échouage en masse de cette espèce. C’est donc un évènement important, et c’est pourquoi les scientifiques d’Opération Cétacés s’attachent à collecter le plus d’informations possibles sur les circonstances de l’échouage et sur les animaux afin de pouvoir en faire bénéficier la communauté scientifique internationale.

 


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