Statut de la population des dauphins (Tursiops aduncus) de Nouvelle-Calédonie

Plus de 10 espèces de dauphins (famille delphinidae) ont été recensées autour de la Nouvelle Calédonie ce qui en fait la famille de mammifère marin prédominante pour le territoire (Garrigue 2006). La plupart de ces espèces sont rarement observées car elles sont principalement distribuées dans les eaux océaniques du large. Cependant deux espèces de dauphins fréquentent de façon régulière le lagon qui entoure la Grande Terre: il s’agit du grand dauphin de l’Indo-Pacifique (Tursiops aduncus, ci dessous à gauche) et du dauphin à long bec (Stenella longirostris, si dessous à droite).

 


Malgré leur distribution côtière, et donc une plus grande proximité avec les hommes, les connaissances sur ces espèces en Nouvelle Calédonie sont longtemps restées limitées.

C’est pour cela qu’en 2008, Opération Cétacés a entamé une étude visant à clarifier le statut des populations locales. Les principaux objectifs de cette étude sont d’établir une distribution précise des dauphins du lagon autour de la Grande Terre, d’identifier s’il existe une ou plusieurs populations pour chacune des deux espèces et d’estimer la taille de ces populations dans la mesure du possible. Afin de répondre à ces objectifs, l’équipe d’Opération Cétacés sillonne régulièrement le lagon à la recherche des groupes de dauphins.


Généralement les sorties se font à la journée sur de petites embarcations mais il arrive que les données soient collectées lors de campagnes en mer plus longues sur des bateaux type catamaran. La position géographique, la composition des groupes (nombre de dauphins, présence de petits…) et le comportement des animaux sont d’abord notés. Des photographies de l'aileron dorsal des dauphins sont ensuite prises afin d'identifier chacun des individus. En effet, les dauphins adultes présentent souvent des encoches et autres cicatrices sur leur nageoire dorsale, stigmates d’interactions sociales avec d’autres dauphins ou de rencontres avec un prédateur. Ces marques naturelles forment un profil unique qui permet de reconnaître les dauphins à plusieurs années d’intervalle et ainsi d’étudier leur nombre et leurs mouvements. C’est ce qu’on appelle la photo-identification.

 


De petits échantillons de peau sont également collectés par biopsie afin de pouvoir réaliser ultérieurement des analyses génétiques au laboratoire de l’Université d’Auckland en Nouvelle Zélande.


Ces analyses sont essentielles car elles fournissent le seul moyen de déterminer avec exactitude s’il existe une ou plusieurs populations isolées. Depuis le début de cette étude, plus de 150 sorties en mer ont été conduites de Koumac à l’Ile des Pins, en passant par Voh, Koné, Népoui, Bourail, Nouméa, le lagon Sud, Kouaoua et Thio. De nombreux résultats ont d’ores et déjà été obtenus, en particulier concernant les populations de grands dauphins de l’Indo-Pacifique (Oremus et al. 2009).

Nos données montrent notamment qu’il existe plusieurs populations indépendantes les unes des autres autour de la Grande Terre. Ces populations sont différentes génétiquement, indiquant que les échanges reproductifs sont limités entre voisins. De plus, les analyses de photo-identification suggèrent que ces populations sont de petites tailles, parfois moins de 100 individus.

Couplé à un mode de vie côtier parfois dangereux (risque de collision avec bateau par exemple), ces caractéristiques indiquent que les populations locales de grand dauphin de l’Indo-Pacifique sont fragiles. Il est donc important de les surveiller afin d’identifier d’éventuelles menaces qui pourraient leur nuire dans le futur.




 


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